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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 00:00

LE RAVIN DE LA MINA


Avec les jours qui passent notre soif d’exploration augmente, le petit jardin face au square Cayla commence à être trop petit, le boulevard front de mer est magnifique pour la promenade, l’agua limon ou le créponné, mais les tarifs sont au-dessus de nos moyens.
Au bout du boulevard front de mer, des travaux vont commencer pour le prolonger jusqu’au « petit Vichy », mais cette zone encore en friche nous attire de plus en plus, bordée par la rue sainte Thérèse, la rue Montauban et la rue de la Mina, tout ce terrain vague en pente parfois très abrupte, descend jusqu'à la route du port.
A mi-hauteur une source d’eau claire coule doucement, et elle a du mérite d’être si claire, car en bordure de la rue Montauban, une décharge sauvage vient défigurer ce joli petit coin.
Il n’y a pas d’ordures ménagères, mais des gravats de toutes sortes, briques, plâtre, ciment, vieux rouleaux de tapisserie entre autres.
A mi-hauteur nous y découvrons une petite grotte qui va devenir notre lieu de ralliement. Comme nous ne sommes certainement pas les seuls à la connaître, elle est remplie de détritus de toutes sortes, dont deux vieux sacs à main, en cuir rongé par la vermine, et un porte feuilles d’aspect plus récent. Le tout vide bien entendu.
Nous débarrassons les ordures en tous genres, boites de conserve, bouteilles, vieux journaux, les deux sacs et nous ne gardons que le porte-feuille avec bien sur une petite idée de sa future destination.
- C’est un repaire de voleurs, il ne faudrait pas rester dans ce coin, annonce Bernard.
- Tu lis trop « Tom Sawyer »
- Peut-être mais je ne le sens pas ce coin.

Sous un tas d’immondices un rayon de soleil fait briller quelque chose, attiré par l’objet je m’en approche, trois cylindres de diamètres différents émergent du tas de déchets. Les cylindres sont en laiton, quelque peu attaqué par le vert de gris.
Une cagette en bois traîne au-dessus, je la décortique, et avec une des lamelles, précautionneusement j’écarte les déblais. Des morceaux de bambou apparaissent, je tire doucement, mais la résistance est forte et je ne veux pas fendre le bambou, il faut continuer à dégager, ce à quoi je m’emploie.
Avec patience, centimètre par centimètre je dégage l’objet.
La bande décrit un cercle autour de moi et de ma trouvaille, un cercle bizarre, car en pente, vu le profil du terrain.
- C’est une canne à pêche lance Marcel.
- Une canne en bambou renchérit Robert.
- Fait doucement René.
- Il y a quelque chose de plus gros..
- C’est une lanière de cuir.
J’essai à nouveau de tirer sur l’ensemble, cette fois ça vient, et  j’extrais, tenue par une lanière de cuir, une magnifique canne en bambous emboîtable grâce aux cylindres de laiton.
- Wahouuuuu ! Qu’est-ce qu’elle est belle !
Trois éléments d’un mètre plus le sillon en bambou plus foncé, presque noir, du coup toute la bande se met à gratter dans le coin, pour voir si les lieux ne recèlent pas d’autres trésors.
Je descends jusqu’à la petite source et à l’aide d’une vieille chemise qui gisait prés de la cane à pêche, j’entreprends le nettoyage de ma découverte. Tout en astiquant ma trouvaille, mon esprit vagabonde, où vais-je la planquer.
Il n’est pas question une seule seconde de dire à maman que j’ai une cane à pêche, elle n’a jamais voulu que j’en aie une, car pour elle, cane à pêche veut dire danger.
Ma sœur et elle sont au boulot, donc sans surveillance d’adulte, pas question d’aller au bord de la mer et encore moins au port, donc pas de cane à pêche tentatrice.
Les adultes sont comme ça, leurs interdits sont des preuves d’amour, d’inquiétudes et de tendresse, mais que c’est difficile à admettre.
Dans mon appartement il y a une porte donnant sur le couloir qui mène à la cour intérieure, de l’immeuble, ce couloir dessert également les caves des autres locataires ce qui génère un bric à brac qui fait pester maman, mais qui va m’arranger pour une fois.
C’est bien le diable si je ne trouve pas une cachette à toute épreuve dans ce capharnaüm.
Ayant résolu, ce problème, je mets encore plus d’énergie dans le nettoyage de la cane, il n’y a plus qu’à trouver du fil à pêche, des petits plombs, des hameçons et un bouchon, mais chaque chose en son temps.
Le reste de la bande n’ayant rien trouvé dans les décombres, et joignant l’utile à l’agréable, ramasse les grandes épines d’un acacia sauvage que les brasseries de la rue d’Arzew nous échangent contre des verres de limonade.
Ces épines sont très prisées par les mangeurs d’escargots à l’heure de la kémia pour extraire la bête de sa coquille.
Bernard ramasse de cette terre glaise presque blanche pour fabriquer des tanks en argile. L’argile sert à faire la carcasse, le canon du tank est un tube d’aspirine et un bouchon de liège.
Un centimètre de bougie servira de détonateur. La mise en œuvre est facile mais la précision de tir n’est jamais parfaite.
Quelques gouttes d’eau dans le tube d’aspirine que l’on rebouche, une allumette pour éclairer la bougie, qui chauffe le tube, l’eau se transforme en vapeur qui en se dilatant expulse le bouchon en produisant une légère explosion.
Comme monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir nous faisons de la chimie en toute innocence !
L’argile de la Mina est la meilleure de tout Oran pour ce petit exercice, en séchant, elle maintient parfaitement le tube d’aspirine, car quand le tube n’est pas stable le tank éclate comme une pastèque au moment du tir.
Le ravin de la Mina est un merveilleux terrain d’aventures, mais les travaux de prolongement du boulevard front de mer vont nous priver de notre campico préféré.
Nous remontons au quartier, la sortie a été bonne, de la glaise pour fabriquer au moins trois tanks, un porte feuille que nous utiliserons dés demain matin, des épines que nous échangerons à la brasserie du Sphinx et une magnifique cane à pêche qu’il va falloir, vite, cacher avant le retour de maman.

 

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