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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 00:00

PIGNOLS

Ce samedi après midi nous jouons au petit tas avec les pignols, pour une fois c’est moi qui gagne.
- Purée, René t’as de l’atteint aujourd’hui.
- Pourquoi aujourd’hui, j’ai pas de l’atteint d’habitude ? et puis qu’est-ce que tu manges encore Marcel ?
- Des torraïcos…
- Tu dois avoir le ver solitaire pour avoir toujours faim, torraïcos, cacahuetes, tramusos, jujubes, calentica….
- T’en veux ?
- Non-merci, je vise mal la bouche pleine.
Mon bras est ferme et mon noyau d’abricot dégomme le petit tas, mon petit sac de jute se gonfle un peu plus.
Assez brutalement le ciel s’assombrit, le vent se lève avec une violence incroyable, il fait presque nuit, un immense éclair zèbre le ciel. Le tonnerre qui lui succède fait vibrer toute la rue, inutile de dire que les pignols sont vite rangés.
D’énormes gouttes de pluie commencent à claquer sur le sol. Éclairs et tonnerres se succèdent, la pluie devient drue, un vrai rideau épais, en un clin d’œil la rue se transforme en rivière, les gens courent se mettre à l’abri sous les arcades de la rue d’Arzew.
Nous nous engouffrons dans le couloir de chez Bernard, nous sommes trempes et pourtant nous ne sommes pas restés sous la pluie, le temps de faire vingt mètres et nous voilà mouillés comme une soupe.
Cette pluie va faire du bien car depuis quelques jours c’est une étouffante chaleur torride.
Petit à petit les roulements de tonnerres s’estompent et s’éloignent, le soleil revient, la chaussée fume sous l’effet de la chaleur
- On devrait aller au ravin de la Mina, dit Marcel
- Pourquoi faire ?
- Dans quelques temps on ne pourra plus y aller à cause des travaux et avec une telle pluie on pourra facilement récupérer de l’argile.
Drôle de surprise, une immense palissade nous interdit l’accès au ravin.
- Aousse moi que je fasse cabessica, dit Robert.
Je croise mes doigts, Robert y glisse son pied droit et se soulève. Avec sa main gauche il saisit le haut des planches, pose ensuite ses deux pieds sur mes épaules et tout doucement il lève la tête jusqu’à ce que ses yeux dépassent le haut de la palissade.
- Alors ? Crie tout le reste de l’équipe.
- Il y a des grands trous pleins d’eau avec des ferrailles en forme de canes qui sorte de l’eau.
Ce qui veut dire que le chantier a bien commencé, les fondations du futur boulevard Front de Mer sont coulées et les ferrailles en forme de canes sont la future liaison avec les piliers.
- Ya du monde ?
- Walou !
- Même pas un garde ?
- Rewalou.
Ha ! Le garde si moi je ne m’en rappelle pas, mes fesses s’en souviennent.
Aux quatre Chemins entre saint Eugène et Dar Beïda il y a une route bordée de magnifiques mûriers. A l’époque des vers à soie, à la fin du printemps, on monte aux quatre chemins et c’est vrai que l’on massacre un peu ces pauvres mûriers. Mais les vers à soie sont très délicats, ils n’aiment pas la salade, ils n’aiment que les feuilles de mûrier.
Alors si tu veux avoir de beaux cocons dans ta boîte de souliers il faut des feuilles de mûrier. Tu peux les acheter, face à l’école Jules Renard le marchand de bonbons te vend des feuilles de mûrier mais elles valent le gusto et la gana, du moins pour nos bourses plates.
Le jeudi matin nous allions faire une razzia aux quatre chemins, nous mettions de coté la consommation de nos vers à soie, et l’après midi à la sortie du studio des jeunes, à cent sous la branche, nous gagnions vite et bien notre vie.
Mais voilà un jeudi matin juste à la fin de la récolte, je suis sur un arbre et je vois les copains détaller
- Le garde, René, taillo…
Au moment ou j’atteins le sol, une détonation claque et une violente sensation de brûlure viens inonder le bas de mon dos, mais cela me donne une accélération suffisante pour ne pas être rattrapé.
Pendant quinze jours j’ai eu du mal à m’asseoir, c’est pourquoi les gardes je m’en méfie maintenant.

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