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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 00:00

BOURIGUETTE ou COSCOLETTE

La maman de Marcel nous a payé le cinéma au « RIALTO » ou Robert Taylor est Ivanhoé.
A la sortie du ciné, les têtes pleines de tournois et de batailles, nous arrivons au quartier et en deux temps trois mouvements, nous nous fabriquons de superbes épées en bois.
Mais qui dit chevaliers dit cheval et le débat est toujours le même est-ce que l’on porte le cavalier à « coscolette » ou à « bouriguette »
A bouriguette le cavalier qui est sur le dos du porteur n’est pas trop libre de ses mouvements, tandis qu’à coscolette où il est sur les épaules il voit mieux l’ennemi et peut frapper juste, mais l’équilibre est moins stable qu’à bouriguette et les chutes plus graves.
Et puis jouer Ivanhoé, le héros, tout le monde veut le rôle, alors que Jean sans Terre, le traître, personne ne souhaite jouer le personnage.
Finalement nous passons plus de temps en chicaillas et en discussions qu’en jeu pur car les cavaliers seront toujours les plus minces et les chevaux les plus grands.
Moralité Robert et Marcel se retrouvent tout le temps cavaliers.
Mais il faut voir Georges hennir et lancer des ruades, le cavalier ne doit pas avoir le mal de mer, les coups d’épaule sont de véritables estocades, aussi meurtriers que les coups d’épée.
Les porteurs commencent à fatiguer et la partie tourne court.
Assis sur le tranquico de l’entrée du 11 nos cavaliers reprennent leur souffle.
La concierge, arborant un énorme tablier à bavette bleue, garnie de pinces à linge, s’encadre dans la porte et nous lance :
- Je vous ai déjà dit de ne pas faire des « estations » devant l’entrée.
L’imposante stature de la gardienne ne permet pas la moindre contestation, on ne peut que s’exécuter, la tête basse.
Rejetés et ballottés de tout les cotés de la rue, il nous faut de l’air et de l’espace, nos terrains d’aventure se rétrécissent, il faut trouver un nouveau point de chute ou l’espace permet de s’exprimer sans déranger les autres.
L’attrait de l’interdit finira par gagner et comme César franchi le Rubicon nous franchissons la route du port.


LE PORT


La Mina étant fermée, il nous faut faire un grand détour, aller jusqu’au lycée Lamoricière, couper à travers le petit Vichy et dans le grand virage de la rampe Vales, prendre l’escalier en bois des Ponts et Chaussées.
Nous y croisons des dockers, le sac de jute sur la tête ou sur l’épaule, qui remontent du port et grimpent péniblement, harassés de fatigue, les marches de bois.
Nous franchissons la ligne de chemin de fer et nous voici sur une autre planète : le port.
Deux rampes d’accès, à droite : le quai Beaupuys, à gauche : le quai du Sénégal, entre les deux le quai de l’horloge, le quai le plus connu des oranais, le plus fréquenté par les fonctionnaires, qui ont droit à un passage gratuit pour la métropole, tous les deux ans et les curistes, qui vont se refaire une santé de l’autre coté de la méditerranée.
Le quai de l’horloge c’est en fait trois quais : Marseille, Sète et Port Vendres.
De magnifiques paquebots viennent s’y amarrer, le ville d’Oran, le Kairouan, tout blanc, le seul à ne pas être noir, avec la ligne de flottaison rouge.
El Mansour, ville d’Alger, Sidi Bel Abbes, Sidi Ferruch, El Djezaïr : des noms qui ne demandent qu’à nous faire voyager et nous embarquer dans les plus beaux rêves.
Et puis sur le fronton des bâtiments : C.G.T., C.N.M., S.G.T.M., des sigles qui annoncent le grand large.
Le plus grand se situe sur le quai de Marseille, jouxtant le quai Beaupuy. Des lettres immenses affichent« COLIS POSTAUX ».
Au début, c’est la découverte à petites doses.
Les immenses grues du quai du Sénégal et Beaupuy, ressemblent à des monstres préhistoriques, veillants sur leurs quais, cet effet dissuasif nous cantonne pour l’instant au quai de l’horloge.
Il y a toujours un va et vient incessant en cet endroit du port, ce qui nous permet de passer inaperçus au milieu des touristes et curistes de tous poils qui arrivent ou qui partent.
Notre première découverte sont les défenses.
Les défenses sont constituées de vieux pneumatiques de poids lourds, jointes par un madrier et retenues au quai par des chaînes.
Les défenses protègent les quais lors de l’accostage des navires et bien sur les embarcations de toutes sortes, contre les chocs avec les quais.
Les pneumatiques qui sont à un bon mètre sous les quais forment un magnifique abris pour notre petite taille et une avancée vers la mer.
Très vite cela devient un jeu de sauter du quai et de se retrouver accroupis sur les vieux pneus, invisible aux passants des berges.
Bon d’accord, Bernard a un peu glissé et s’est retrouvé tout habillé dans l’eau, mais il fait très chaud et nous avons, tous, sauté, pour le sortir de là, car il est le seul de la clique à ne pas savoir nager.
Un vieux pécheur nous a lancé une corde et nous voilà sur la terre ferme, à nous ébrouer comme des corniauds.
Fin juillet, mon frère dont les vacances s’achèvent, va regagner la métropole pour poursuivre ses études.
Toute la tribu est sur le quai pour accompagner son départ, maman, ma sœur, ses copains, sa fiancée.
Je ne sais ce qui me passe par la tête mais soudain je décide de montrer ma science du port :
- Maman, maman je vais me baigner
Je pars en courant et d’un bond je suis sur une défense ou je reste accroupis
- Renééééééééé ! il est fou ! il ne sait même pas nager !
Lulu le copain à mon frère, se lance tout habillé à l’eau pour me porter secours.
Les cris de maman ont attiré les badauds, un attroupement se forme.
Je me déplie tout doucement et ma tête apparaît, au-raz du quai.
Lulu l’air piteux et humide apparaît sur le quai dégoulinant de détritus car en cet endroit l’eau du port n’est guère ragoûtante.
Grâce à la fiancée de mon frère j’évite la raclée du siècle, car elle se porte en écran entre maman et moi :
- Il voulait juste faire une blague….
- Et puis quoi encore ? Que j’ai le cœur qui va sortir de la poitrine et ce « povre » Lulu qu’on dirait un « basulero » qui sort de l’égout ! Excuses toi grand voyou.
- Pardon Lulu, pardon à tous
Le vrombissement de la sirène du Kairouan qui va quitter le quai me sauve la mise, tous le monde agite des mouchoirs en direction de mon frangin, seule Jeanine, sa fiancée lui lance d’énormes et fougueux bisous.
Les hélices brassent le fond du port et forment un magistral remous.
- Regarde le bouillonnement, dit maman, toi et Lulu en saubressade que vous alliez être transformés.

 

 

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