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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 00:00

LA PARTIE DE PITCHAC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au 11 bis de la rue, une plaque en cuivre discrète, annonce :

« Service de La Qualité de l’Or »

Pour nous cet établissement est une énigme, mais les Malabrera, Sorrentino et tous les bijoutiers d’Oran connaissent bien cette adresse et s’y rendent régulièrement.

Madame Rivier nous a expliqué que dans ce service les bijoux sont testés pour vérifier la qualité de l’or et si tout est conforme un poinçon en forme de tête d’aigle vient certifier l’authenticité du métal.

Lucien est le coursier du service, les sacoches de son vélo transportent de véritables trésors dans des belles boites scellées à la cire rouge.

Grand, les cheveux bruns, raides comme des épines d’oursin, une légère claudication qui ne se remarque que quand il met pied à terre de sa petite reine. Ses pinces à vélo ne quittent jamais le bas de ses pantalons, été comme hiver des mitaines tricotées garnissent ses mains. Ce grand échalas semble toujours sortir d’un sommeil profond peuplé de mauvais rêves, il ne s’éveille que pour nous jouer de mauvais tours, son vélo passe obligatoirement sur notre tracé du « tour de France » bousculant les platicos.

-         Oh pardon je ne vous avais pas vu !

-         Purée tu pourrais faire attention.

-         J’ai dit pardon ça ne vous suffit pas, vous voulez une botcha ou quoi ?

Il attrape par l’oreille mon cousin Norbert  :

-         Toi t’es pas d’ici alors fais pas le mariole.

-         C’est mon cousin et de quoi tu te mêles ?

-         Vous êtes une bande de fainéants et je vous ai à l’œil.

La concierge du 11 bis vient de terminer d’astiquer les sols de l’entrée de l’immeuble, elle tord sa serpillière et lance dans la rigole le contenu de son bidon d’eau. Une forte odeur de crésyl parfume toute la rue.

Julien a bien vu que le sol de l’immeuble est encore humide, il n’en a que faire, il pousse son vélo dans l’entrée.

-    Ola néné, tu peux pas attendre trois secondes que ça sèche ?

-         J’ai pas que ça à faire, moi madame, j’ai l’autorisation du propriétaire de garer mon vélo dans le couloir, et puis vous êtes payée pour nettoyer, pas pour faire des remarques aux fonctionnaires du ministère des finances.

-         Il est beau le ministère des finances avec des gandouls comme toi, qu’on les paye pour se promener en vélo.

Vous avez compris, Lucien est un sale type, de ceux qui n’hésitent pas à traiter avec mépris les gens sans défense, les faibles, les petits.

Devant ses chefs c’est une autre histoire.

Il pénètre dans l’immeuble, les roues de son vélo marquent le sol humide de traînées brunes, comme si une peau de serpent s’échappait des pneumatiques.

La concierge marmonne tout en effaçant à la serpillière, encore humide, les marques du délit.

Cinq minutes plus tard, Bernard décide d’aller chercher Robert qui loge aussi au 11 bis.

L’immeuble de Robert est doté d’un magnifique ascenseur, dont la cage est en fer forgé. La cabine en bois exotique est ceinturée par un vitrage finement ciselé.

L’ascenseur est occupé, Bernard décide de grimper les quatre étages qui mènent chez Robert par l’escalier en marbre de Carrare.

Au moment ou il atteint le palier du troisième étage un énorme brouhaha envahit la cage d’escalier, dégringolant les marches une énorme poubelle déverse, son contenu nauséabond, épluchures de légumes, boites de conserves, arêtes de poisson…

Bernard redescend quatre à quatre les escaliers, poursuivi par les détritus. Son cœur cogne violemment dans sa poitrine quand il atteint la rue sous l’œil, toujours orné de sa loupe de l’horloger qui alerté par le bruit est venu sur le seuil de sa boutique voir de quoi il en retourne.

La concierge jaillit à son tour de l’immeuble, et balai à la main elle invective ce pauvre Bernard qui a du mal à retrouver son souffle.

-         Petit voyou, viens ici tout de suite et ramasses moi immédiatement toutes les saloperies qui dégoulinent dans l’escalier.

-         Je vous jure, j’ai rien fait, j’ai faillit prendre la poubelle sur la tête.

-         Oui c’est ça la poubelle est montée toute seule et elle a dégringolé les escaliers par l’opération du saint Esprit.

-         Je vous jure sur la vie de ma mère que…j’ai rien fait.

Lucien qui sort avec son vélo pour effectuer une livraison entre lui aussi dans le débat.

-         Alors madame la portera, on m’engueule pour quelques traces sur le sol mais les immondices et les poubelles renversées ne vous gênent pas ?

-         Toi gandul passes ton chemin

-         Je passe séñora, mais mon ministère informera qui de droit sur la tenue de l’immeuble qui abrite nos services.

-         Et voilà « detras de cabron a la prision », je nettoie la merde des autres, il faut ramasser les cochonneries de gens mal intentionnés et je vais me faire mettre à la porte.

Elle éclate en sanglots.

Nous sommes tous abasourdis par la tournure des événements, c’est Norbert mon cousin qui réagit le plus vite.

-         Madame ne pleurez pas, on va tous s’y mettre et à la six, quatre deux vos escaliers seront propres comme s’ils avaient été aux bains maures, allez les gars.

Et c’est vrai, nous grimpons les étages, la poubelle est redressée, les épluchures et autres immondices sont remis à la place qu’ils n’auraient jamais du quitter, la serpillière peaufine le travail. Le crésyl vient achever l’ouvrage et la cage d’escalier reprend allure normale.

La concierge nous remercie chaleureusement et s’excuse de nous avoir accusé et surtout Bernard.

Elle entre dans sa loge et en ressort les bras chargés de bonbons.

-         Voilà pour vous les enfants et encore merci, vous êtes des anges.

-         C’est vraie madame de vrais santicos…

-         Arrêtez dis Georges il va nous pousser une auréole derrière la tête et on aura pas l’air tonto dans la rue.

Robert en profite pour m’expliquer l’ascenseur :

-         Tu vois la roulette en bas à droite dans la cage ?

-         Oui et alors

-         C’est réservé aux techniciens, si tu bascule cette manette, tu arrêtes l’ascenseur s’il est en marche et tu peux ouvrir la porte et tant que la porte est ouverte la cage reste immobilisée.

-         Et s’il y a quelqu’un dedans, tu le coinces

-         T’as tout compris !

Lucien est de retour, à contre jour, tenant son vélo de la main droite, sa silhouette s’encadre dans l’entré du couloir.

Les cheveux hirsutes et les pinces à vélo aux chevilles le rendent impressionnant avec en plus le soleil dans le dos il ressemble à un démon remontant des enfers.

-         Et bien, on aggrave son cas madame la concierge, vous distribuez des douceurs aux petits voyous du quartier qui pourrissent la cage d’escalier. Vous n’êtes vraiment pas rancunière.

Nous ne demandons pas notre reste et sans prononcer le moindre mot nous quittons l’immeuble pendant que la gardienne claque sa porte.

Nous sommes maintenant persuadés que celui qui jette les poubelles dans les escaliers n’est autre que Lucien, et ce qui nous révulse le plus c’est qu’il veuille nous faire porter le chapeau. Nos relations n’étaient guère aimables mais là, il déterre la hache de guerre et nous n’avons pas besoins de nous exprimer, nos regards en sortant du couloir en disent long, il faut que Lucien ne reste pas impuni.

Nous avons traîné toute la matinée allant d’un tranquico à l’autre, un peu désœuvrés et encore sous le coup de l’injustice. Lucien tu ne perds rien pour attendre, là tu n’as pas fait mitche tu as carrément franchi la ligne interdite et la punition sera à la hauteur de la faute, monsieur le fonctionnaire du ministère des finances.

A onze heures, Norbert nous sort de la torpeur ambiante.

-         Et si on faisait une partie de pitchac, Bernard vas chercher le tien !

-         Désolé mon père me l’a confisqué parce que je jouais dans le couloir et que j’ai cassé une assiette accrochée au mur, comme si c’était normal qu’on pende les assiettes au mur.

-         On a pas de pitchac, personne n’a une chambre à air de vélo ?

Un ange passe, nous n’avons pas de pitchac, pas de chambre à air

-         René, vas chercher une paire de ciseaux, dit Norbert, je vais vous en trouver une de chambre à air, moi.

Sitôt dit sitôt fait, je galope et quelques secondes après les ciseaux sont dans les mains de Norbert.

-         Georges tu te mets au premier et si la moindre porte s’ouvre, tu siffles et tu montes comme si tu allais chez Robert, les autres, vous surveillez l’entrée et pareil un grand coup de sifflet si quelqu’un de l’immeuble s’approche. René tu viens avec moi.

Nous pénétrons dans l’immeuble, au fond du couloir sous les boites à lettres, trône le vélo de Lucien.

Une petite sacoche est accrochée à l’arrière de la selle, Norbert l’ouvre et en sort deux petits démontes pneus. Avec des gestes précis et rapides il devisse la valve, l’air s’échappe de la chambre à air. Les démontes pneus sont introduits entre la jante et le pneumatique, pendant que je maintiens la position des démontes pneus, Norbert saisit la chambre à air dégonflée et à l’aide des ciseaux il coupe la chambre à dix centimètres de chaque cotés de la valve, vite fait bien fait, le pneu regagne sa place dans la jante, les outils sont replacés dans la sacoche.

Aquarelle Georges Devaux

 

Cinq minutes plus tard nous avons un magnifique pitchac avec les rondelles de la chambre à air de Lucien.

Cette fois c’est un match deux contre deux, au milieu de la rue, Robert et Georges contre mon cousin et moi.

Mais l’important c’est de mettre notre but juste devant l’entrée de chez Robert pour surveiller le vélo de l’autre tarambana de Lucien.

Il est midi moins le quart il ne va pas tarder à se manifester.

J’avoue que je suis pas trop à la partie, surveillant la petite reine de Lucien et Robert et Georges en profitent pour nous mettre javalette sur javalette.

            -  Purée, René, t’y es avec nous ou quoi ? on va prendre la palissa de notre vie, ou tu joues ou tu mates l’autre tchumbo qui va pas tarder a arriver mais tu peux pas faire cuire les brochettes et faire ontoncion à le chat en même temps .

-         Six zéro bandes de tchancléros, crie victorieusement Robert.

Passe de mon cousin, jonglage extérieur du pied, dribble genoux et tir en javalette.

Javalette (dessin Georges Devaux)

But !!

-         Et la, c’est qui les tchancléros ?

-         Une grosse tchambonna, tu devrai prendre un dixième de la loterie algérienne, c’est plus que sur que le gros lot il est pour vous.

-         Parles beau merle, javalette deux points, 6 à 2.

-         Chut ! ya le bésugo de Lucien qui est dans le couloir.

Lucien saisit son vélo par la potence et se dirige vers la sortie de l’immeuble.

Passant de la pénombre du couloir à l’éblouissement de la rue sous le soleil, il cligne des yeux et ne se rend compte de rien.

Quand ses pupilles se sont enfin acclimatées, il constate que sa roue arrière est complètement à plat.

-    Me cago la leche !

-         No te cagues que hace peste, répliques Norbert

Faisant fi de l’intervention de mon cousin, Julien prend sa pompe, défait la valve et commence à pomper de toutes ses forces, malgré ses efforts et le sifflement de la pompe le pneu reste dramatiquement à plat.

Il arrête de pomper, tourne le roue, passe de l’autre coté du vélo, observe, scrute mais ne voit rien de particulier.

Avec des gestes brusques et saccadés, il reprend le pompage, des perles de sueur commencent à orner son front, il s’essuie d’un revers de main.

Le pneu fait toujours triste mine, Lucien commence à s’énerver, il donne un grand coup de pied à la roue, le vélo fait une bortelette et la roue arrière tourne toute seule dans un drôle de cliquetis.

Il se décide enfin à ouvrir la petite trousse à outils et se saisit des démontes pneus.

Les mains tremblantes il réussit à faire sauter le pneumatique de la jante et découvre pendant lamentablement de chaque coté de la valve ce qu’il reste de la chambre à air.

-         Portera de mierda !

S’écrie-t-il en entrant dans le couloir.

Avec précaution nous le suivons des yeux, sa force décuplée par la rabia, il saisit une poubelle et l’enfourne dans l’ascenseur.

Rasant les murs nous progressons dans le couloir, la cabine est entre le troisième et quatrième étage. C’est le moment que choisit Robert pour basculer la molette et ouvrir la porte de la cage, aussitôt la cabine s’immobilise.

Mon cousin tambourine à la porte de la concierge :

-         Séñora il y a quelqu’un qui est coincé dans l’ascenseur.

-         J’arrive tout de suite.

-         Je crois bien que c’est le voleur de poubelles.

-         Jésus, marie, Joseph pardonnez moi mais je vais me l’empoigner à ce mala leché !!!

Malgré, son embonpoint elle gravit les escaliers quatre à quatre.

-         Sortez-moi de la,  hurle Lucien.

-         Je vais te sortir de la à grands coups d’escoba, tarambana, mais d’abord je vais expliquer à ton chef qui c’est qui déverse les ordures dans les escaliers.

Sur la pointe des pieds nous quittons le couloir, une importante partie de pitchac nous attend.

Lucien a disparu du quartier, il a été muté à la préfecture, le nouveau coursier de la garanti de l’or est un monsieur charmant que nous saluons poliment comme tout enfant bien sage et bien élevé doit le faire.

 

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 16:55

Note de l'auteur : Un grand merci à ceux qui ont ouvert leur mémoire pour raviver la mienne et permis l'écriture de cet article.

 

Maman m'a bien dit de ne plus aller à la pêche, mais je ne sais plus si elle m'a interdit le port et la cueva l'agua et puis il y a des pertes de mémoire qui m'arrangent.

En cette fin d'été qui s'étire langoureusement, il fait chaud, toute la bande est un peu éteinte et se traîne dans la rue, engourdie par la chaleur.

      -         Et si on allait prendre un bain ?

 -         Ça c'est une idée qu'elle est bonne !!

Le temps de récupérer une serviette et nous voilà en route.

L'idée de faire un capuson dans la grande bleue nous donne des ailes.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire nous dévalons la rue Floréal Mathieu, la rue Alsace Lorraine, la rue de la vieille mosquée, je tourne la tête vers la Banque d'Algérie pour ne pas regarder le Lycée Lamoricière qui sera ma destination quotidienne dans quelques jours.

Bernard qui traîne un peu la patte à cause de ses tchanclettes toutes neuves nous apostrophe :

-         On pourrait prendre un car de la S.O.T.A.C.

-         T'as des sous ?

-         On le prend aouf.

-         Et on se retrouve au commissariat y vinga palos.

-         « Baja del bourro y anda por patas » nous sommes presque arrivés, la passerelle des ponts et chaussées et le port nous tend les bras.

-         Vous pouvez pas parler français, qué letché !!

-         D'accord, descends du bourricot et marche à pied si tu préfères.

Nous voilà sur le port ou une légère brise fait frissonner l'onde, Quai de Rouen, le Marie-Louise Schiaffino est solidement amarré, bien calé par les défenses qui protègent la coque du bateau et les pierres du quai.

Ce magnifique fleuron de la flotte Schiaffino est un cargo semi-pinardier, d'où la forte odeur de vinasse qui flotte sur le quai.

-   Regardes, dit Norbert, Le Marie-Louise Schiaffino

-         Dis-moi une autre comme ça, c'est écrit si gros que même un lagagnoso il pourrait le lire.

-         Peut être, mais moi du boulevard front de mer je le reconnais avec ses quatre mats qui font portiques, il peut charger 6500 tonnes de fret, et pas que du pinard, regardes, il y a mêmes de Jeeps.

vin2.jpg

 

Chargement d'un pinardier

-         Qu'est-ce qui se passe la bas au pied des bâtiments ?

En effet un attroupement d'où fusent des rires et des applaudissements attire notre attention :

     -   Regardez c'est Germain

-         On y va ?

-         Pos bien sur

Il y a là, des dockers, des transitaires, des jeunes filles, secrétaires ou comptables, des marins qui entourent, deux personnages haut en couleurs.

Germain coiffé de son éternel chapeau, aussi crasseux que sa la longue blouse qui a du être blanche un jour, mais bariolée par la crasse et les taches de peinture, ressemble à un arc en ciel sous un ciel d'orage. Une bouteille d'un litre laisse son goulot dépasser de la poche droite.

Le deuxième nous est inconnu, il arbore une fine moustache en forme d'accent circonflexe, avec dans son dos une drôle de guitare bricolée avec un bidon d'huile, un manche à balais et des fils de pêche en guise de corde

-         C'est qui lui ? Demande Bernard à un transitaire.

-         Oh les enfants vous ne connaissez pas François notre célèbre « Va et vient » le plus connu des clochards de la marine ? Et bien profitez en car c'est pas souvent qu'il traîne par ici.

En fait les deux clochards sont venus dans l'espoir d'obtenir un ou deux litres de vins et les mandataires les font s'opposer dans une joute bon enfant.

Germain se racle la gorge et entonne une Tyrolienne endiablée ou les troulalaiitous se succèdent harmonieusement le tout accompagné de gestes suggestifs qui font rigoler l'auditoire. Une salve d'applaudissements salue la performance.

-         « Va et vient », « Va et vient » scande le public.

« Va et vient » sent qu'il doit faire mieux, il prend sa guitare pittoresque, fait semblant  de l'accorder et entonne :

« Ils sont dans les vignes et les moineaux  (bis)  

 ils ont mangé  les raisins, 

ils ont chié tous les pépins 

Si ma chanson vous emmerde merde ( ter) 

Histoire de vous emmerder 

je vais la recommencer... 

Puisqu'il fait si chaud 

Mets ton grand chapeau 

Nous irons dans les bois 

Chéri comme autre fois 

et tu t'en dormiras entre  mes bras » 

 Les applaudissements redoublent et l'un des mandataires qui semble être le meneur de cette petite manifestation prend la parole :

 -Bon les artistes notre jury a délibéré et pour le chant il vous classe ex æquo.

 Mais pour gagner les cinq litres de vins il va falloir que chacun nous montre ses talents de peintre ou de sculpteur

 -         T'exagères Pépico cinq litres seulement ! J'ai porté une bombonne de dix litres et il va tourner le vin s'il y a trop d'air au-dessus, bon c'est bien parce que c'est vous, je vais vous faire un tableau de « Va et vient »

 A quatre pattes par terre sur le goudron du quai, notre Germain national entreprend avec des craies de couleurs une grande fresque où Va et vient, plus vrai que nature, est reproduit à un vitesse étourdissante, avec la paume de sa main et ses doigts il estompe, souligne un trait, donne des ombres. Le dessin prend forme et la ressemblance est saisissante.

 L'attroupement salue le bel ouvrage par des vivas, Bébert salue son public en écartant sa blouse comme pour une révérence et tout le monde éclate de rire en tapant des mains

-    A toi Va et vient, qu'est-ce que tu nous proposes ? 

-         Il me faut de la mie de pain et un peu d'eau.

 Une grosse miche et un seau d'eau sont apportés, Va et vient échauffe ses doigts en faisant des grimaces qui font pouffer de rire l'auditoire.

 Il extrait de la poche droite du pantalon, une navaja qu'il déplie d'un geste sec et décortique la boule de pain, il en extrait la mie, se mouille les doigts et commence à la pétrir pour en faire une pâte solide.

 Ses phalanges virevoltent  sur la pâte, assemblent, creusent, avec ses ongles il peaufine les détails, un personnage prend forme. Le public est pour une fois silencieux et suit avec attention la dextérité des mains de l'artiste. L'oeuvre prend l'apparence d'un santon de vingt cinq centimètres de haut.

 Personnage d'une crèche de la nativité ?.

 Il fignole avec son couteau, creuse les traits, enlève le superflu, la statuette se profile de plus en plus précisément, d'une poche de sa veste il fait jaillir un morceau de charbon et donne les touches finales à son  personnage.

C'est Germain!!  murmure l'attroupement, tout y est la blouse et le litron qui dépasse de la poche, la tête est remarquable et si ressemblante que l'on pourrait croire qu'un sorcier Jivaro à réduit notre Germain national.

 Il fait une pirouette en présentant son travail sous les applaudissements et les cris du public.

 -         C'est quoi cette ficelle qui dépasse de la blouse ?, demande une jolie morénica d'une vingtaine d'années.

 -         Ça c'est le bouquet final, guapa, tirez la ficelle !

 La jeune fille s'exécute, la blouse de la statue s'écarte et une énorme pitcha se dresse entre les pans de la blouse, saisie de surprise et de honte la fille lâche la statuette , heureusement Germain la récupère au vol.

 Tout le monde est plié en deux et rigole à s'en décrocher la mâchoire.

 Germain en est soufflé, il prend François dans ses bras. Ils entament un fougueux tango qui fait crouler de rire tout le monde.

 -         Bravo messieurs match nul veuillez me suivre pour recevoir votre récompense

-         Terminé mes amis, la récrée est finie, le Marie Louise appareille ce soir et il y a pas mal de boulot qui nous attend.

 

A L'HOTEL DE VILLE

                                          Camembert et Va et vient à la sortie d’un mariage sur les marches de la mairie

                                                                                           Dessin d’Henri Palles

 

 

 

Tout le monde retourne vaquer à ses occupations, et nous tapons un sprint jusqu'au pédrégal et arrivés à Navalville nous  plongeons avec délice dans la mer.

Nous sommes entrain de sécher sur les rochers, quand une question de Bernard nous sort de la douce torpeur qui nous avait envahie :

 -         Mais pourquoi on l'appelle camembert à Germain ?

 

 -         Oh Bernard t'es enrhumé ou quoi 

 

  -         Moi enrhumé ?

 

 -         Tu as rien senti, il sortait pas de chez Lorenzi Palenca, le parfumeur, notre Bébert il a du faire un plongeon dans les cuves à Jonca, les camions qui pompent la merde.

-         Purée qué pesté, t' as vraiment le nez bouché et c'est pour ça qu?on le nomme camembert parce qu'il pue comme un vieux « Toukrem » trop fait.

 

 -         Tu te rappelles René quand on a été au TIVOLI voir les 100000 cavaliers, après le film on a voulu faire une partie de sport-foot au bar le penalty

-         C'est vrai, Camembert repeignait la façade, nous étions en pleine partie, Germain est entré dans le bar, en clignant son oeuil guidch, celui qu'il s'est brûlé en peignant un mur à la chaux et il a dit à Georges le fils du patron :

 

 -         C'est tout ce que tu as à faire avec cette bande de zazous de la niche à poux, fais moi voir ton cahier de devoirs de vacances.

-         Ouais et il a corrigé tous les exercices de Georges, nous on en revenait pas.

-         Bon les gars, vous avez vu l'heure il faut remonter si on veut pas que les parents nous apprennent à nager avec un martinet.

Pour aller plus vite nous grimpons le « caminito de la muerte » qui mène aux falaises de Gambetta avec beaucoup de chance une camionnette nous prend en stop et nous largue rue d'Arzew.

Après une bonne douche, pour enlever toute trace de sel, car maman est très maline et si elle trouve un goût amer en me faisant une bise?aïe, aïe, aïe,..

Me voici dans la rue.

Un attroupement inhabituel en tête de la station de taxis et des éclats de voix.

Et qui est la ? notre ami Germain en grande discussion avec les chauffeurs.

 - Alors Germain t'as tapé dans la gourde ?

 -         Je vous demande moi, bandes de gandouls, dans quoi vous avez tapés

 -         Nous des gandouls ?

 -         Vous devez pas vous salir beaucoup les mains le cul sur votre fauteuil et même pour laver les voitures c'est Kader qui se tape les sale boulot et toi Kader enlève ta chéchia que tu vas asphyxier les poux et comme ça tu ressembles à une bouteille cachetée.

Deux musulmanes, drapées dans leurs immaculés draps blancs ne laissant apparaître qu'un oeuil, traversent le carrefour, aussitôt Germain ne peut s'empêcher de faire une remarque en les montrant du doigt :

 - Il va y avoir une régate au port, les barques à voile sont de sortie.

Puis montrant du doigt les chauffeurs de taxi :

-         Quant à vous, la France est bien basse en ce moment et c'est pas des gandouls comme vous qui allez la relever !

Et sans attendre de réponse il fait une pirouette, et de son pas vif avec ses pieds écartés il s'engouffre sous les arcades de la rue d'Arzew, faisant de grands gestes et apostrophant tous les passants.

Note de l'auteur (Germain et François dit va et vient ont tous les deux été victimes du terrorisme après les accords d'Evian)

Faire part paru dans l'Echo d'Oran

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 16:49

 

 

 

 

 

L’été s’effiloche doucement, les jours raccourcissent, mais la chaleur est toujours présente et le spectacle de la rue permanent.

A sept heures Djilali ouvre le bal, il vend l’écho d’Oran et livre ses clients d’une façon peu orthodoxe, mais très efficace.

Il plie le journal en quatre dans le sens de la longueur, puis en trois et rejoins les deux bouts en force, ce qui fait du quotidien une masse compacte qu’il lance avec adresse et dextérité dans le balcon de ses abonnés, pas une fois le projectile ne rate sa cible, pas une fois il ne retombe à terre.

Huit heures, Mourad et son petit âne gris font leur apparition, ils viennent livrer l’asparagus pour le fleuriste Primavera.

L’âne disparaît presque sous sa précieuse cargaison, Mourad est un artiste du chargement et cela tient du miracle qu’autant de rameaux tiennent sur ce pauvre bourricot.

Mourad ne toque pas à la porte, il attend stoïquement que le fleuriste vienne prendre livraison du précieux asparagus qui donnera la touche finale à tous les bouquets.

L’âne délesté de son fardeau et Mourad disparaîtront aussi discrètement qu’ils sont venus.

remouleur

Neuf heures Manolo le rémouleur et son étrange attirail abordent à leur tour la rue, Manolo ne signale pas sa présence de quelque cri que se soit, sa ponctualité vaut tous les cris du monde.

Premier arrêt à la boucherie chevaline en un tour de main et sans la moindre étincelle les énormes couteaux retrouvent le tranchant qui facilite la vie du boucher.

Deuxième arrêt pour affûter les mèches de précision de l’atelier de rectification, puis c’est Roger le fils du bottier qui présente les outils de son atelier connu dans tout Oran. Le père Sultan est passé maître dans l’art de chausser tous les gens qui ont des problèmes de pied.

Le fleuron de sa clientèle est l’évêque d’Oran et c’est pour lui une excellente publicité.

D’étranges formes garnissent les étagères de l’arrière boutique, ce sont tous les pieds tordus, enflés, bots, déformés de la ville qui s’alignent dûment répertoriés et étiquetés..

C’est ensuite au tour de la couturière de mon immeuble, spécialiste des robes de mariée ces ciseaux sont de précieux partenaires pour la réalisation des chefs d’œuvres d’un jour, Manalo et sa meule font merveille pour la précision des lames.

Puis c’est le défilé :

Ahmed et son âne qui traîne nonchalamment un chouari plein à raz bord de figues de barbarie, lui par contre hurle à tue tête : » Tchumbo, higo de pala higo ».

Je me saisis d’une passoire :

-         Deux douzaines s’il vous plait

Ahmed sort son couteau, prend les fruits à pleine main, insensibles aux épines, un coup de lame sur le dessus de la figue, un autre sur le dessous et une incision sur toute sa longueur avec ses deux pouces il écarte la peau qui laisse apparaître un délice de couleur orange.

figue barbarie small

La passoire est vite pleine.

-         Deux de plus pour toi mon fils, deux pièces de cent sous et on est quitte et ontoncion de pas les manger d’un coup sinon tu vas attraper le bouchon.

Diego le gitan, lui sait tout faire, c’est un multi cartes, tondeur de chiens, rempailleur de chaises, vendeur de grilles pour cuire le poisson, matelassier….aussi ses annonces publicitaires sont vastes et variées :

-Asoble, asoble ; el sillero, el tondeur de ciens pélés, colchon nuevo….

Il n’a guère de succès aujourd’hui et passe son chemin en continuant à vociférer ses annonces.

Le marchand de pains de glace lui est très couru, il débite les morceaux avec son hachoir dentelé et les ménagères, sac de jute à la main, font sagement la queue en papotant à qui mieux mieux.

-         Marinette qu’il est beau ton bébé !

Marinette croise les doigts derrière son dos, elle a peur des compliments sur son fils.

-         Mais ma fille tu lui as mis le tricot de peau à l’envers !

-         Mais non madame Perrier c’est exprès.

-         Exprès ?

-         Le tricot à l’envers et avec l’épingle à nourrice, un ruban rouge et une médaille de Santa Cruz.

-         Et pourquoi Marinette ?

-         Pour le mal de ojo madame Perrier, je vous expliquerai plus tard, c’est mon tour pour la glace…

Comme vous le savez déjà, c’est aussi ma corvée et une fois servi, je cours vite regarnir la glacière.

Un peu plus tard mais jamais à heure fixe c’est le tour de « l’argo vender »

Ce grand bonhomme sec comme un coup de trique, vêtu d’une immense houppelande, porte sur l’épaule un sac de jute et pousse un vieux landau ou s’entasse un bric à brac de vaisselle en plastique.

Une énorme balafre défigure sa joue droite, ce qui effraye les enfants.

Il s’annonce à pleine voix : » Argo vender, aek chouse à vend, des bouteilles des journaux des choses… »

Lui fait du troc, il échange contre sa vaisselle en plastique tout ce qui se présente et évidement  le marchandage va toujours bon train.

-         Qu’es-ce tu veux pour ce costume madam ? .

-         La cuvette rouge et trois bols

-         Où tu vas, la cuvette rouge et encore tu fais une affaire.

-         Il est tout neuf ce costume !

-         S’il est tout neuf pourquoi tu le gardes pas ??

-         Mon povre mari…..

-         Aller, parc’que c’est toi la bassine et trois bols, choisis la couleur madam.

A chaque passage il fait une halte chez les Rivier et partage le verre de l’amitié. Bien que musulman, il boit à petites goulées le vin rosé bien frais que lui offre Léon.

-Il ne faut pas avoir peur de « l’argo vender » nous a dit monsieur Rivier, cet homme m’a sauvé la vie sur les pentes de Monte Cassino pendant la campagne d’Italie. Je n’avais pas vu la grenade arriver, il s’est jeté sur moi et c’est lui qui a tout ramassé. Maintenant lui et moi c’est à la vie à la mort.

-Vous pouvez nous raconter la guerre ?

-Allez jouer au pitchac, une autre fois.

A midi le travail terminé c’est le retour soit au domicile, soit dans l’un des mille et un bistrots de la ville.

Les ateliers, magasins, bureaux se vident pendant que les cafés, bars et brasseries font le plein. L’heure de l’apèro autour de kémias savoureuses, est sacrée.

La kémia bien relevée donne soif et les tournées d’anisette vont bon train. Le ton monte avec les rasades anisées.

-         Purée la tannée qu’il a mit le SCBA au FCO

-         La tannée, la tannée … tu parles c’était un match pala, Tony sers ma tournée et ramène des escargots s’il te plait.

-         Pala ta sœur… Le FCO c’est des gamates qui jouent comme des chanclas.

-         Gamates ???????? t’as vu la péléa qu’ils ont mis à la Marsa la semaine dernière…Tony de l’eau fraîche por favor.

-         Tu parles la Marsa…les kébiriens ils sont meilleurs pour la pêche à la sardine que pour jouer au Ballon… Tony elle vient cette tournée ?

Les verres défilent bien plus vite que la légion le 14 juillet, le ton monte avec les tournées, tous les clubs de foot sont passés à la moulinette, le lundi les discussions ont pour sujet favori les matchs du dimanche et chaque consommateur défend avec ardeur son club d’élection.

Petit à petit les bistrots se vident car il est temps de regagner le domicile pour se mettre à table.

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 00:00

C’est la partie de pitchac du siècle.

Georges vient d’égaliser, score 19 à 19.

C’est à Robert de jouer, il se saisit du pitchac, lui fait une myriade de bisous et commence à jongler. Intérieur pied droit, intérieur pied gauche, javalette du droit et but…..

Et comme la javalette vaut deux points Robert emporte la partie, il saute comme un derviche tourneur, les bras tendus et les index pointés vers le ciel.

 

            -Oh Robert ! Tu t’es pris pour notre voisin Jean Boiteux quand il a gagné la médaille d’or aux jeux olympiques à Helsinki, hombre ! C’est jamais qu’une partie de pitchac, que leche !!!

 javalette2.jpg

Aquarelle Georges DEVAUX

 

Pris par l’enjeu du match nous n’avons pas vu arriver madame Robolin, elle revient du marché de la rue de la Bastille, avec deux « capassos » pleins jusqu’à la gueule.

-         Purée les copains, il va falloir se taper les quatre étages avec les couffins de la mère Robolin

-         C’est pas grave avec le pourboire on va se payer une bonne crème à la vanille.

Et ça ne manque pas :

-         Bonjour les enfants, rendez-moi un petit service…

Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que ce falso de Robert lui dit :

-         Pas de problème madame, c’est un vrai plaisir…

Madame Robolin est un peu enveloppée, un buste avantageux, c’est sur que quand il pleut elle  ne se mouille pas les pieds. Le tout  posé sur de fines cagnettes et des yeux d’un bleu intense qui lui mangent la figure, aussi les quatre étages c’est pas bon pour son cœur, surtout avec des couffins chargés à mort.

Aussitôt dit aussitôt fait, on s’y met à quatre chacun une anse de panier et nous voilà à l’assaut des  escaliers et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire nous avons avalé les quatre étages et nous attendons sagement devant la porte palière.

Madame Robolin tout en sueur finit par arriver, sa poitrine déjà opulente enfle à chaque battement de cœur :

-         Mille fois merci les enfants, entrez, entrez,  je vais vous servir un bon verre de Judor et moi aussi car j’ai peur d’exploser de chaud.

-         Avancez et installez vous dans mon salon privé judor1

Merci à Georges Vieville pour cette image

 

Georges qui n’en manque pas une :

-         C’est super ça, vous avez un salon privé dans votre appartement privé

-         Vous allez tout comprendre entrez et prenez la peine de vous asseoir

-         Ne vous inquiétez pas madame Robolin, ça nous fait jamais de la peine quand il faut s’asseoir pour déguster un bon Judor   .

Nous avalons nos envies de rire, et pénétrons dans une pièce assez grande mais sans fenêtre et là surprise : les murs sont tapissés de photos de l’actrice Élizabeth Taylor, de vraies photographies sur papier glacé.

-         Purée madame Robolin vous êtes une vraie admiratrice !

-         Une admiratrice ? Vous voulez rire ? Dit madame Robolin pénétrant dans la pièce et déposant sur une table basse un plateau où trônent cinq bouteilles de Judor, cinq verres magnifiquement ciselés et des pailles.

-         C’est vrai qu’on aime bien rire, mais là il faut nous expliquer

-         Regardez-moi bien les enfants ! Je suis Élizabeth Taylor !

Là, heureusement que nous sommes assis, l’envie de rire devient de plus en plus forte et il faut se mordre la langue pour ne pas exploser.

Robert qui arrive à se contenir renchérit :

-         Mais, en attendant mon tour chez le coiffeur, j’ai lu dans l’Écho d’Oran qu’elle tournait un nouveau film.

-         Sornettes que tout cela ce n’est qu’une pale sosie.

Bernard se penche vers moi et me dit à l’oreille :

-         Schkoun ada  sornettes ?

-          Balivernes ça veut dire.

-         Dis-moi une autre comme ça ! Vous vous êtes torchés avec le petit Larousse ou quoi ?

-         Vous savez, dit madame Robolin, la vie à Hollywood était devenue infernale pour

moi, impossible de sortir sans qu’une meute de journalistes se retrouve à mes trousses.

Toujours d’immenses lunettes noires et un  foulard pour cacher mon visage, non ; c’était impossible de continuer ainsi, c’est pourquoi j’ai décidé de me réfugier ici pour retrouver la paix et la tranquillité.

-         Comme vous avez bien fait, madame Robolin, Oran est un vrai paradis pour les stars dit Marcel

-         Que falso, me glisse Robert dans l’oreille.

-         Bon les gars il faut qu’on finisse la partie alors tchoupez vite votre Judor et on y va.

-         Ah ! J’oubliais, dit notre hôtesse, voici cent sous chacun et surtout gardez bien le secret je n’aimerai pas que la chasse à la vedette recommence.

-         A karabi madame Robolin, et on crache pas parterre car votre sol est trop propre.

La réponse de Bernard nous permet enfin de rire sans offusquer notre star, nous avalons le Judor à la six quatre deux et nous levons pour prendre congé.

-         Merci madame pour tout.

-         Merci à vous les enfants et n’oubliez c’est notre secret surtout pas un mot.

-         Une parole est une parole madame, au revoir et à votre service

Nous dévalons l’escalier comme si le diable était à nos trousses, le ramdam fait surgir la concierge qui, balais à la main, nous apostrophe :

-         Alors il faut vous le dire en quelle langue qu’il ne faut pas faire de l’escandale dans cet immeuble, allez fuera ! Et si je vous y reprends vous allez faire connaissance avec mon balai.

Nous sommes enfin dehors et là les commentaires vont bon train :

-         Ouf ! Dit Robert pincez-moi pour voir si je ne suis pas entrain de rêver.

-         Tu rêves pas, amigo, je crois que cette pauvre madame Robolin est bonne pour le pavillon 35.

-         Allez Richard Burton et les autres on va se taper une glace rue de la Bastille avec les cent sous de la star.

Et c’est morts de rire que nous nous dirigeons vers la rue de l’Artillerie un petit coup à droite et bien sur, pour aboutir rue de la Bastille, il faut passer devant le Colisée.

Une immense affiche annonce le film de la semaine : « Une place au soleil » avec devinez qui ? Et oui Elizabeth Taylor et Montgomery Clift.

affiche

-         Purée, dit Marcel, elle nous poursuit la star, peut être qu’elle pourrait nous offrir des places à l’œil.

-         Ça c’est une idée qu’elle est bonne, et d’autres pour son nouveau film : « Une place au pavillon 35 », renchérit Robert.

-         Bon, « Baja d’el carro y anda por pata »

-         Et ça veut dire quoi ?

-         Ça veut dire ne te fais pas des films.

Ce qui engendre de nouveaux éclats de rire et une série de tape cinq.

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 juillet 2006 7 02 /07 /juillet /2006 09:11

 

Mon frère

Si t’as pris la valise et parfois le cercueil

Et que tu marches droit malgré tous ces écueils.

Dans les plis du drapeau si t’as séché tes larmes

Et que vaincu mais fier t’as déposé les armes.

Si tu regardes devant sans oublier l’histoire

Et que de tes racines tu gardes la mémoire.

Si la vue d’une orange te transporte vers ailleurs

Ou la vie était douce et pleine de chaleur

Si tous ces morts pour rien hantent encore tes nuits

Et que parfois tu hurles pour pas qu’on les oublie

Si tu penses à tes pères qui traçaient les sillons

Et arrosaient la graine de leur transpiration

Si le soleil a fui mais qu’il est dans tes yeux

Et transforme ta voix en accent merveilleux

Alors redresses toi tu peux en être fier

Maintenant j’en suis sur, t’es un pied noir mon frère

René Mancho 


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1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 00:00

Suite
LEXIQUE


Il y a peut être des non initiés qui viendront lire ces pages, il m'a donc paru nécessaire de faire un petit lexique à leur usage.
Les autres ne vont pas être toujours d’accord avec mon interprétation, si c’est le cas qu’ils n’hésitent pas à me le faire savoir.


Et puis s’il y a des mots, des termes, des expressions typiquement oranais que vous souhaiteriez voir dans ce lexique, surtout ne vous gênez pas, je me ferai un plaisir de les incorporer.
Merci d’avance.

 

 

 A Karabi : c'est juré! 


à la pora : à la queue, le dernier


Aouf              : Gratuitement


Aousse moi : léve moi, fais moi la courte echelle.


Agua limon : boisson rafraîchissante a base de citron, sucre, caramel, glace pilée.


Avoir de l'atteint : viser juste

Avoir de l'atteint :

Avoir de l'atteint :

Azco : Dégout


Baja del carro y anda por pata :
Litteralement "descend du chariot et marche à pieds"; arretes de rêver


Banda cabrones : bande de cocus


Bamba
: Un peu bête, long à la détente


Baroufa : bataille rangée, grande bagarre.

 

Basulero : éboueur


Besugo : si c’est un poisson c’est une espèce de daurade ; si c’est un humain c’est quelqu’un de bête, de pas très futé.

Besugo :


Bouyouyou : surnom du petit train qui reliait Oran à Hammam Bouhadjar, l'onomatopée rapelle le bruit qu'il faisait

 

Botcha :un coup; une gifle

 

Cabassette : panier en alfa tréssé pour le pic nique 

 

Cagaillon : étron, merde. 

 
Cagnettes : Jambes maigres 


Cabron : cocu


Cahuete : rapporteur, traître


Caldico no te canses : Soupe à la va vite, sans se fatiguer.Soupe toute préte il n'y a que l'eau à ajouter


Calentica : flan de farine de poix chiches.


Campico : petit champ; terrain d'aventure.


Capuson : plongeon


Cara tchumbo : Qui a une tête en forme de figue de barbarie (insulte entre
gamins)

 

Chapurrao : parler oranais (des espagnolades pas toujours très castillanes)

 

Chocho : sexe féminin mais aussi synonime de tramuso (lupin)



Choreta : un petit peu, une pincée.

 

Choreta :

Chouf : Regarde


Couter le gusto y la gana : valoir trés cher.


Créponé : glace à base de citron, eau de fleur d'oranger, blanc d'oeuf monté en neige et sucre.


Curandera : guérisseuse

 

Detras de cabron a la prision :on pourait traduire par "cocu, battu, content"


Dios mio que peste : mon Dieu quelle puanteur


Enchiso : un sort, un envoutement.

 

Escandale : Scandale (les oranais d'origines espagnoles avient tendance a ajouter un "e" devant les mots commençant par "s" ex: un estylo, une estatue etc...).


Esta echo polvo : elle est reduite en poussière


Estropajo : Alfa, le tampon jex du pauvre, pour récurer la vaisselle


Faire cabessica : Passer discrètement la tête pour espionner.


Falso : faux jeton ; fourbe; parfois : roublard

 

Fuera : dehors

 

Gacha : collant  ex : les pâtes sont gachas 


Gandul : fénéant


Gorro : béret

 

Hachma : honte


Higo de pala : synonyme de tchumbo, figue de barbarie


Hijo de puta : fils de pute


Hijo mio : mon fils et souvent mon fils le pôvre...ou "que lastima de mi hijo"

 

Hombre : littéralement "homme" mais souvent ponctue une phrase pour lui donner plus de poids.Il faut prononcer "hombré".


Jaillullo :  Racaille, personne n’ayant pas d’éducation, ordinaire. Quand il s’agit un groupe de jaillullos cela devient de la Gentussa.


Javalette : Au pitchac il y avait deux manières de faire la javalette

                 a) tir avec l'exterieur du pied

                         b) tir avec l'interieur du pied, le pied passant derrière la jambe d'appui 

 

Jolata : Ferraille

Kémia : Amuses gueule que les patrons de bistrots offres pour accompagner l'apéro


Kif-kif : pareil


Qué azco : quel dégout ou pour faire plus oranais quelle dégoutation!


Ladron, ladrona : voleur, voleuse


Lagañoso : chassieux, qui a les paupières collées par le chassie (lagagne en oranais) ce liquide jaune visqueux.


Lavativa : lavement


Longanisse : fine saucisse de viande de porc finement hachée ou domine le piment rouge qui lui donne sa couleur ; existe piquante ou douce.


Mal de hojo : mauvais oeuil


Mantecaos : gâteaux faits avec du saindoux, de la farine, du sucre etc.. Indispensables pour les fêtes de Noël et du jour de l'an.

 

Margaillon : palmier nain dont les feuilles servaient à tresser des paniers ou des tapis

                    et dont on mangeait le coeur.

                    Mais aussi une merde ou un cagaillon

 

Match pala : match truqué


Me cago la leche : Certains diraient "putain de merde!"


Medio loco : Moitié fou

Mocoso : morveux


Mognato ou moñato : Patate douce

Mona : brioche de Paques

Monecillo : enfant de coeur.


Morcillicas : ou morcillas : petit boudins à l’oignon vendus en chapelet.


Morenita     : brunette


Mortero : mortier pour piler l'aïl entre autres.


Muerta : morte


Pachora : culot


Péléa : dispute


Pignol : noyau d'abricot.


Pitcha : Zizi, sexe masculin


Platico : capsule de limonade, lestée avec de la bougie ou du goudron pour jouer au tour de France


Pora : voir " à la pora"


Potagé : plat typique oranais avec des morcillicas, du lard, haricots secs, des blettes, du navet de la courge etc…chaque oranais a sa touche personnelle pour ce plat.


Potagé viudo : le même mais sans viande, le potagé du pauvre.

Viudo = veuf.

 

Puñeta, pougnette : Encore un mot mis à toutes les sauces

Purée!, Putain, rien,

ex: va à la grande pougnette : fous moi le camp!

       Puñeta que calor : putain qu'elle chaleur

 

Puñetaso ou pugnetaso : violent coup de poing

 
Qué patchora : quel culot.

Rachma ou Hachma ( le H en arabe se prononce comme la "jota" espagnole) : honte

 


Rempujon : grosse poussée, souvent dans le dos.


Roais tché ou Joais : purée vas! constament employé roais tché se met à toutes les sauces.


Rognoso ou Roñoso : Sale, crasseux

Santico : petit saint ;à qui on donnerai le bon dieu sans confession et pourtant….


Saragata : Grosse histoire, une embrouille.


Sarnatcho : panier tressé en alfa pour les affaires de pêche.

 

Schkoun ada ? : qu'est-ce que 'est ?

 

Se van morir tres burros : incroyable, c'est pas possible, qu'est-ce qui t'arrive?

litteralement : trois anes vont mourrir 


Sofoco : honte


Taillos : Beignet cuit d’une seule pièce dont la longueur dépend de la contenance de la poêle à frire. Il est débité ensuite en morceaux de quinze à vingt centimètres : les taillos


Tarambana : écervelé ; synonime de médio loco


Tartana : vieille voiture, tacot


Tchaffé : écrasé, aplatit
.


Tchalé : Amoureux fou; synonyme : Tchalao


Tchamba : Chance ; on disait aussi que tchambona : Quelle chance !


Tchancla: mauvaise chaussure, espadrille


Tchanclero : mauvais joueur


Tchumbo : figue de barbarie

 

Tchupar : sucer, lécher


Terremoto : tremblement de terre


Tonterilla : bêtise


Tonto : bête, idiot ; suivant le ton employé le sens n’est pas toujours identique tonto est parfois affectueux.


Torraïcos : pois chiches grillés


Tramposo : tricheur, trompeur


Tramuso : Lupins, se mangent en kémia, appellé aussi "chocho"
 

 

Tranquico : Seuil de porte

 

Trasto : objet qui sert à rien

 

         

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