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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 11:47

 

Carico

 

Pour faire un carico il faut :

D'abord un plan, mais quelque chose de sérieux car c'est un engin de transport dans lequel on est pas installé en toute sécurité, soit assis, soit couché dessus et presque à plat-ventre et debout,,,c'est la position la plus casse gueule.

Des planches, ça c'est pas trop compliqué à trouver mais il faut quand même s'en occuper,

Des clous, des vis et même des boulons si on veut faire les choses bien et c'est la quincaillerie qui se trouve le plus facilement dans la caisse à bricolage de nos parents.

 

Et puis le plus dur à se procurer ,,,, les roulements à billes.

Nous avons écumé tous les garages de la ville,les agences Peugeot, Renault, Citroën, Simca, Panhard et choux blanc, nous n’avons rien trouvé,,, des neufs oui, et là nos tirelires ne pouvaient pas faire face.

- On laisse tomber dit Bernard nous n’aurons jamais temps de nous

entraîner correctement.

Car cette construction de carico, c’était pas pour rien, la bande de la place Hoche organisait une grande course et nous avait invité à y participer.

Il y avait une équipe de la rue de la cagaruta (rue Bernardin), une autre de Saint Pierre supérieur, une de Saint Eugène et peut être une ou deux de Gambeta.

- Joai tché , on va pas se dégonfler, on vient de me passer le parcours : Départ rue de Mostaganem, puis rue Beauharnais, on tourne rue de la cagaruta ( Bernardin) ensuite rue de Turenne jusqu’à la rue Dufour, on arrive place Hoche et pour finir arrivée au stade du Caïd. C’est pas mal non ?

- Et à chaque changement de rue il faut changer de pilote ?

- Et oui Bernard , Rue de Mostaganem/Beauharnais un pilote jusqu’au virage de la rue Bernardin et là changement de cavalier jusqu’à la rue de Turenne, descente très raide jusqu’à la rue Dufour. Puis enfin Place Hoche avec arrivée au stade du Caïd. Ce qui nous fait cinq pilotes et deux pilotes remplaçants car les cotes sont raides et je le souhaite pas mais des chutes sont possibles et il faut tout prévoir.

- Et si on a pas de roulements on fait quoi ?

- Demain de très bonne heure avec Georges nous montons à Santa Cruz pour brûler un cierge por si las moscas !!!

- C’est vrai, dit Marcel, que vous êtes de vrais santicos !

Et toute la bande éclate de rires.

Neuf heures, Kader son seau et sa peau de chamois arrive dans la rue, Kader a un grand sourire, il pose le seau devant nous et dit :

- Regardez ce que j’ai trouvé au Hambri.

- Ta trouvé une peau de chamois, t’es fort Kader.

- Mais non, besugo, regarde sous la peau de chamois.

- Purée Kader t’es le roi des rois, comment t’as fait ça ?

- ça c’est mon grand secret et surtout ça reste entre nous, vous dites pas que ça vient du hambri.

- Ecoute Kader c’est souvent qu’on monte au Hambri pour acheter, des jeans, des blousons ou des écussons et on a jamais vu de roulements.

- Les amis le hambri c’est très compartimenté, il y a l’habillement mais aussi l’outillage, la ferraille diverse et variée, le cuir, les pièces détachées auto et plein d’autres choses, si tu veux des babouches tu les trouveras pas à la ferraille etc il faut connaître tous les coins et toutes les spécialités, si non tu te perds le bas dedans.

- En tous cas mille fois merci Kader hé les copains un banc pour Kader un, deux, trois

Et toute la bande se met à taper des mains en scandant « un banc pour Kader, un , deux, trois, un, deux trois, quatre cinq un deux trois…. »

- Chuuuut dit Kader vous allez attirer l’attention des folloneros de taxis, et ils vont me poser des tas de questions que j’ai pas, mais alors, pas du tout, envie d’entendre,

Bon maintenant, gros problème, il faut construire le carico en toute discrétion, car nos parents n’aiment pas trop les caricos à cause du bruit et surtout de la dangerosité de l’engin.

Chez moi en sous sol il y a un couloir qui mène des caves des locataires à la cour intérieure de l’immeuble, Les seuls qui empruntent ce couloir sont les deux bouledogues poitrinaires, de la concièrge madame Tobaruela, Mais elle ne parle que l’espagnol et si on ne fait pas trop de jaleo elle ne dira rien.

Et puis ce couloir servira à entreposer notre matériel en toute discrétion, bien entendu à onze heures trente le matin et à dix sept heures trente l’après-midi il faudra tout ranger soigneusement.

Bon les artistes demain huit heures moins le quart chez moi, il faut absolument que demain soir le carrico soit prêt, et que l’on décide de chaque pilote pour faire le « road book.»

- Le road quoi ? Purée René tu t’es torché avec le Larousse anglais/français ou quoi ?

- C’est le plan du parcours avec tous les détails, pilotes compris, esta bueno ?

- Aller les amis hasta mañana.

La nuit a été compliquée, j’ai tourné et retourné dans le lit, des roulements mal graissés qui ne voulaient pas rouler, des rues Beauharnais et de Turenne dans la pente n’arrêtaient pas de tomber en à pic, la trousse à pharmacie qui était à moitié vide, le sparadrap qui ne collait pas, enfin tout pour rendre un homme heureux.

Au matin, maman qui voit l’état de mon lit, met tout de suite sa main sur mon front :

- Que passa hijo tu as de la fièvre ? Non tu es frais comme tout et elle me fait une grosse bise sur le front.

- C’est rien maman un peu de cauchemard, j’ai rêvé que je perdais au foot.

- Le foot c’est pas grave, faut pas te mettre comme ça !

- T’as raison maman, mais je commande pas mes rêves.

- Que tonto, heureusement que tu commandes pas tes rêves, dit elle en riant.

Maman et ma frangine sont parties au boulot, les copains ne vont pas tarder à arriver, un grand bol de café con leché et des tartines de pain grillé bien beurrées et me voila prêt pour la réunion de préparation du carico et de la course.

 

Georges déplies une grande feuille de papier où sont dessinés tous les plans du carico de course, toutes les dimensions sont indiquées avec précision, un vrai travail de pro, il répartit les tâches de chacun et la maison devient un vrai atelier, ça scie , ça coupe, ça visse,ça boulonne, ça ponce et Georges nous peint la tête de Popeye le marin qui est notre signe de reconnaissance,  à midi la bête est pratiquement prête, il ne reste que l’assemblage des différentes parties et en fin d’après midi le carico sera opérationnel et il ne nous restera plus qu’à l’essayer.
Un sérieux coup de ménage à onze heure et demi, avant que maman et ma sœur ne reviennent du boulot.

L’après-midi, se passe sans encombre,en une heure les parties sont assemblées, notre carico de course ne demande plus qu’à prendre la route.

Une tournée générale d’eau fraîche et de coco pour fêter ça.

« Bon, demain matin, les amis rendez vous devant le temple protestant de la rue Elisée Reclus à l’angle du boulevard des chasseurs ».

Le lendemain à huit heure trente pile, toute la troupe se retrouve devant le temple.

« Norbert et Bernard vous vous placez au croisement de l’avenue Alsace Lorraine pour faire gaffe aux voitures, Robert et Marcel pareil à l’avenue de la vieille mosquée, dès que le carico est passé on se retrouve boulevard front de mer. »

Georges enfourche le « bolide » et je le suis à pieds. « Pas trop vite Jo gaffe aux autos. »

Tout se passe à merveille, aux deux croisements aucune circulation et nous nous retrouvons fous de joie boulevard front de mer.

Nous emplissons nos poumons de l’air marin du grand large, le carico s’est super bien comporté tenu de mains de maître par Georges.

La vue est magique de la montagne des Lions à Santa Cruz.

Le port défile sous nos yeux et nous rappelle nos exploits, le souvenir de ma canne à pêche me donne un coup de blues, bien vite passé, car cette fois c’est certain nous somme prêts pour la course.

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