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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 00:00

La nuit est sans fin, je tourne, je vire, j’ai chaud, je transpire, lorsque je finis par m’endormir, mon sommeil est peuplé d’affreux cauchemars ou d’immenses pères blancs coiffés d’une chéchia rouge, et vêtus d’une robe de bure immaculée, me fouettent avec un martinet tout gluant et dégoulinant.
Le soleil m’éblouis si fort que je cligne des yeux, dans un brouillard je distingue maman, un verre à la main, un cachet dans l’autre.
- Bois mon fils, tu as de la fièvre et calmes toi, je t’en supplie ne crie plus, tu n’iras pas chez les pères blancs.
J’ai du hurler dans mon cauchemar, j’ai chaud. J’avale le cachet pendant que maman prépare un grand mouchoir, avec de l’ouate qu’elle imbibe de vinaigre, elle roule le tout et m’entoure le front avec cette préparation.
Avec un gant de toilette humide elle me frotte délicatement les joues et me couvre de baisers.
Mes paupières sont de plus en plus lourdes, maman s’est assise au bord du lit, un sourire plisse mes lèvres et je sombre dans un sommeil profond.
Quand j’entrouvre à nouveau mes yeux debout devant mon lit se trouvent maman et monsieur Perello le voisin du deuxième étage.
Monsieur Perello est préparateur dans une grande pharmacie oranaise. Il me fait tirer la langue, me regarde droit dans les yeux en soulevant mes paupières et enfin tâte mon ventre.
- Comment te sens-tu ?
- J’ai la tête qui bout, on dirait qu’il y a un match de pitchac là dedans et dans mon ventre j’ai les intestins qui me font comme des nœuds.
- Qu’as tu mangé ?
- Juste une assiette de » caldico no te canses », s’empresse de dire maman.
- Oui, mais avant ?
- Nous étions au port, il faisait très chaud, les poissons ne mordaient pas, Marcel a sorti du « sarnacho » un gros sac qu’il avait acheté « au roi des bonbons » sous les arcades et nous l’avons liquidé à la six-quatre-deux.
La sentence tombe
- Une bonne lavativa, madame Mancho, et en fin d’après midi vous irez chez la « courandera » de la place Hoche, je vais la prévenir, pour qu’elle lui enlève le soleil.
- Et tu verras René, plus de pitchac dans la tête tu pourras y jouer avec les pieds.
J’esquisse un sourire mais j’ai la tête dans un étau et le lavement qui va venir m’inquiète.
Toutes les Oranaises, et maman ne fait pas exception, ont dans leur trousseau l’outil de torture qui sert à nettoyer les intestins.
C’est un bocal en tôle émaillée bleu-ciel, à sa base un tuyau en caoutchouc qui se termine par une canule, avec un petit robinet en bakélite noire..
Un litre et demi d’eau tiède, une cuillère à soupe d’huile d’olive, une chorreta pour la canule afin qu’elle fasse suppositoire indolore et quand le robinet s’ouvre, tu te transformes en baudruche.
Quand maman retire la canule, je serre les fesses, j’ai peur d’inonder la maison tellement je me sens gros, j’ai l’impression que la citerne qui est sur la terrasse s’est vidée dans mes tripes.
Je finis par m’assoupir, mais très vite des gargouillis m’éveillent, heureusement maman qui pense à tout a mis au pied du lit un seau hygiénique, j’ai juste le temps de m’élancer sur ce trône et j’ai l’impression d’être un lavabo qui se débouche.
Quand je me relève j’ai les jambes qui flageolent, j’ai l’impression de flotter dans mon pyjama, je me jette dans les draps et je me rendors.

Le téléphone arabe fonctionne vite et mieux que celui des P.T.T. pourtant le central automatique est juste derrière chez nous, à l’angle de la rue Floréal Mathieu et de la rue Alsace lorraine.
 

Tous les copains savent que je suis malade et bientôt toute une troupe est autours de mon lit.
- Alors tu te sens mieux, ? s’inquiète Robert
- Tu as eu droit à la lavativa, ma mère fait bouillir des oignons, pendant une heure et le bouillon tu l’avales par les fesses
- La mienne dit Bernard achète des herbes, spécial lavement, à la Pharmacie.
- Arrêtez, maman mets deux cuillères à soupe d’huile d’olive et je vous jure que ça fait un sacré effet. Et c’est pas fini cet après midi il faut que j’aille chez madame courant d’air.
- Qu’est-ce tu racontes, t’as encore la fièvre ?
- Je t’assure maman m’emmène à la place Hoche, chez madame courant d’air. Et puis vous avez qu’à lui demander, hein maman ?
- Qu’est-ce que tu veux hijo mio ?
- Je répète que monsieur Perello a dit que tu dois m’amener chez madame courant d’air.
- Madame courant d’air ? Maman éclate de rire, mais non, bourricot d’Espagne, la courandera, en espagnol guérir se dit curar et celle qui guérit est la curandera, la guérisseuse.
- Tu me fais un drôle de courant d’air
Maman, les copains, tout le monde rigole et je ne tarde pas a en faire autant.
Je ne connaissais pas son nom dit Georges, mais désormais ce sera madame courant d’air de la place Hoche, celle qui enlève le soleil.

 

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commentaires

jocelyne esteve 31/05/2006 19:49

Tu as le bonjour de Paul PERELLO, le fils du monsieur PERELLO de ton récit.  Son Père travaillait dans une pharmacie près de la Place d'Armes, boulevard Clémenceau (Séguin), je crois que c'était la pharmacie Loumagne. Bravo pour tes récits. Bisous